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 Chapitre 2: Les premiers vers

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Loki Pride

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Date d'inscription : 30/12/2016

MessageSujet: Chapitre 2: Les premiers vers   Jeu 26 Jan - 0:27

Cent longues années. C’est le temps que j’ai passé dans cette prison de vide. Un siècle de retour dans une existence non matérielle similaire à celle d’avant la chute de Satan, quand je vivais enfermé dans l’âme de Lucifer. Cent années pour cultiver mon courroux contre lui. Cent années pour préparer ma vengeance. Que je l’ai haï. Que je l’ai maudit. Seule la certitude de ma haine me protégeait de la folie. Je percevais pleinement le temps s’écouler, comme si dans le vide, dans l’inexistence matérielle, j’étais devenu omniscient. Oh, j’ai attendu ! J’ai attendu longtemps le moment où la lumière percerait, où les rayons m’aveugleraient enfin. Le feu de l’Enfer me manquait tant – ironique quand on sait à quel point je m’en suis lassé depuis. J’étais constamment à la recherche d’une sensation, en vain. C’est sans hésitation le pire sort que l'on puisse infliger à quelqu'un. Je savais que si je fonçais tête baissée dès mon retour, je n’aurais aucune chance. J’allais devoir jouer cette partie sur le long-terme. Non pas que cela me posât un problème. J’avais l’éternité pour parvenir à mes fins. Que dire de plus de ce siècle ? Aussi long et aussi introspectif qu’il a pu être, il n’aura pas été très riche en évènements. A ma libération, Satan me fit ployer le genou. Le moment le plus humiliant de toute ma vie. Et pourtant, force est de reconnaître que le Prince des Enfers avait fait preuve de clémence ici : il ne me fit pas m’agenouiller en public…

« Je te ferai conserver ta dignité auprès de la plèbe de l’Enfer, Pride, car tu es l’Orgueil, et sans ta dignité, tu n’es plus rien. Mais ce n’est pas par égard pour ta misérable personne. C’est parce que tu es l’un des Sept Sins. J’ai besoin de tes pouvoirs de corruption, j’ai besoin que tu sois à mon service, et j’ai besoin que tu sois puissant. Maintenant, retourne te terrer dans ton Antre, et fais profil bas. Va ! »
Je me sens encore plus humilié de savoir que Satan a décidé de jouer les grands Seigneurs. Je n’ai pas besoin de ta miséricorde, Serpent. Mais je m’exécute. Pas parce qu’il l’a ordonné, mais parce que j’ai besoin d’être seul. Je sors de la Salle du trône de Satan. Faire profil bas ? Il pouvait aller se faire voir ! Une fois en dehors du palais, je passe devant deux gardes, et je les toise d’un air menaçant jusqu’à ce qu’ils jugent bon de s’agenouiller à mon passage. C’est mieux. Tout au long de cette marche que je perçois comme un chemin de croix, je vois les démons chuchoter à mon passage, les gens me reconnaissent avec surprise. Je n’ai pas la moindre idée de comment Satan a communiqué mon absence. La version officielle est-elle connue de tous ? Ou bien n’y a-t-il que des rumeurs ? A vrai dire, je préfère ne pas y prêter attention, et simplement chercher les visages narquois que je puisse réduire en cendres… Globalement, il n’y en a pas trop… Les gens me craignent encore. C’est une bonne chose. Ils ont raison de me craindre. Mon exil n’a fait qu’accroître ma détermination. Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il est advenu de mon palais durant mon absence. Cent ans… Que de choses ont dû se passer… J’espère que je n’ai pas raté trop de changements majeurs sur Terre. Les affaires des mortels sont comme un feuilleton pour moi, cela me contrarie quand je manque un numéro… J’ai encore la migraine de la lumière du feu qui m’entoure… Après cent ans sans vue, cela fait un choc. Me voilà enfin à l’entrée de ma montagne de cristal, mon château de miroirs. Je me dirige vers l’entrée, quand je vois une figure familière. Comment ne pas reconnaître, même après cent ans, les traits, l’odeur, l’aura d’un autre Sin…
-Wrath. Qu’est-ce que tu fous là ?
-C’est comme ça que tu accueilles un invité venu célébrer ton retour ?
-Epargne-moi tout ça, Wrath. Je te connais.
-Alors, c’était comment tes petites vacances ?
-Arrête…
-Tu m’as ramené un souvenir, j’espère !
-Je ne suis pas d’humeur.
-Je sais. C’est ce qui rend ça super drôle.
Je reste silencieux. Je ne ferai pas à Wrath le plaisir d’écraser sa petite face contre le mur scintillant de mon palais. Même si c’est tentant. Je veux rester digne. Si l’on en croit Satan, c’est bien tout ce que j’ai. Et je dois me battre pour ce qu’il en reste…
-Tu veux entrer ?
Il est comme pris au dépourvu.
-Comment ? Pas de pique ? Pas d’insulte ? Pas de colère noire ?
-Non, pas aujourd’hui…
Sur son visage, je lis comme une profonde déception. A croire qu’on a gâché sa fête d’anniversaire. C’en est presque amusant. Le semblant de sourire qui anime mes entrailles me cause une douleur au ventre : je n’ai pas souri depuis un siècle. Devant mon indifférence à ses provocations, c’est Wrath lui-même qui s’énerve, et qui tape sur un mur :
-Allez ! Fous-toi en rogne, putain !
-Tu n’auras pas ma rage, vermine ! Allez viens boire un verre si tu l’oses !
Je lui dis ces mots avec un sourire satisfait. Je reprends la main, on dirait. Il se calme un peu :
-T’es pas marrant, tu sais ?
-Soit.
-Très bien, je m’avoue vaincu. Va pour ce verre. J’irai faire chier quelqu’un d’autre.
On entre dans ma demeure. Tout est resté identique. Les serviteurs ne sont plus là, en revanche. Il faudra que je les fasse revenir. Ou que j’en trouve d’autres. Aucune importance, ce ne sont que des esclaves. Je descends dans ma cave, et ouvre une des meilleures bouteilles. Mon retour aux Enfers… Cela se fête avec la manière ! Pour ce qui est du goût et du raffinement, je n’ai pas d’égal en Enfer. Et l’Enfer devra vite s’en rappeler. Je sers un verre à Wrath, et je m’en verse un également. Il s’installe et sirote une gorgée.
-Alors, Luci’ ne t’as pas trop humilié quand t’es revenu ?
J’ai un léger rire ironique :
-Je n’arrive toujours pas à croire le laxisme dont il fait preuve à ton égard vis-à-vis de ce surnom… Moi j’aurais été bon pour trois siècles au trou.
-Oh, je prends des roustes. Mais rarement plus. Moi, il sait que je ne veux pas prendre sa place, c’est pour ça.
Je ris de nouveau. Il n’a pas tort sur ce point. Je repense à mon genou au sol devant Satan. Mon poing se crispe.
-Mais Lucifer ne paye rien pour attendre, Wrath. Mon jour viendra, tu verras. Il regrettera de s’être dressé en travers de mon chemin…
Une lueur extatique envahit les yeux de Wrath quand il voit l’étincelle de colère qui brûle probablement dans mon regard. Un sourire carnivore scinde son visage :
-Oh, crois-moi, il me tarde.
Nous trinquons… »


Deux autres siècles passèrent. Siècles marqués par une cohabitation entre Satan et moi. Comme suivant son conseil, je fis profil bas. En réalité, c’était bien davantage pour suivre un plan établi sur le long terme que pour respecter sa volonté. Mon but n’était pas de regagner la confiance de Satan : je ne l’avais jamais eue. Non, ce qu’il fallait, c’était le persuader que j’étais un atout majeur et indispensable – ce qui n’était pas vraiment faux. Durant ces deux cents ans, je me découvris une passion pour la poésie et la littérature. Certains poètes se voyaient ainsi invités à ma table d’honneur après leur arrivée en Enfer. Ces humains sont faits pour être damnés, mais quand il s’agit de tels génies, on ne peut qu’apprécier leur compagnie. Ainsi, je décidai face à cette influence nouvelle de devenir moi-même écrivain. A mon échelle. C’est-à-dire une échelle si immense qu’elle est inconcevable pour tout autre que moi. J’apportai une modernité dans la corruption d’âmes, en concentrant mes pouvoirs dans la psychologie humaine et le pouvoir du signe. Cela me permit de les contrôler, et d’écrire l’histoire de leur vie depuis les Profondeurs. Jamais autant d’âmes n’arrivèrent en Enfer par mon influence que durant ces années-là. Et Satan le remarqua. Il commença à me laisser davantage d’autonomie dans mes actions, il avait moins de consignes, tant que le travail était fait. Ce qui nous amène à notre époque…

« … Et il mourut comme il avait vécu : dans la couche d’une prostituée en se croyant meilleur qu’il ne l’était. FIN. » Et une âme de plus qui rejoint l’Enfer. Une autre vie insignifiante, marquée par du péché de bas étage. Retournons à une trivialité davantage esthétisée. Je prends en main les Fleurs du Mal de Baudelaire. Quelle œuvre de beauté. J’ai toujours senti que ce recueil m’avait été dédié. En un sens, Lucifer, c’est moi. Et puis Satan n’a jamais été un grand amateur de poésie. Il n’a pas cette passion pour l’art en lui. Il a dû me la transmettre en me donnant la vie. Ces écrits me donnent tellement envie de monter là-haut, d’en faire mon Royaume et de voir ces pauvres fous danser pour éviter une mort certaine. Cela doit être hilarant à voir en face. En Enfer, ce même feu brûle toujours depuis la Nuit des temps, les archétypes de gens commencent à être les mêmes. Un jour, il faudra que je change d’air… Je commence à manquer de goût dans mes tentatives de tuer l’ennui. Pas plus tard qu’hier, j’ai crevé un œil à un homme et l’ai enfermé dans une pièce d’un mètre carré intégralement faite de miroirs, juste pour voir à quel point il serait détraqué. La réponse est beaucoup. Le pauvre misérable est devenu fou, et sera borgne pour l’éternité. Amusant, non ? Il faut que je parte d’ici… Je fais les cent pas dans la salle du trône. Soudain, un messager entre dans la pièce, et avance le long du tapis rouge.
-Seigneur Pride, le Prince des Ténèbres Satan vous convoque dans son palais cet après-midi.
Ainsi donc, Satan veut me voir. Soit. Mais je suis Pride, on ne me convoque pas comme un vulgaire assistant.
-Eh bien, dis à Satan que s’il veut s’entretenir avec moi, il peut venir à moi. Je serai tout enclin à le recevoir.
Le messager blêmit. Il hésite. Je lui souris :
-Allons, ne t’inquiète pas. Satan ne fera aucun mal à un simple messager.
Il retourne d’où il vient, l’air rassuré. Un mensonge, un vrai. Si ma volonté énerve Satan, ce messager sera le premier à en pâtir. Mais pour ce que j’en ai à faire… Je ne vais pas débarquer au quart de tour au moindre coup de sifflet de Lucifer. Faire profil bas c'est une chose, mais je ne suis pas sa putain ! Je m’assieds sur mon trône. J’attends. Satan ne tardera pas à se manifester. Je l’entendrai venir bien assez vite. Quelques minutes, il ne se passe rien. Puis, il arrive. Rapidement. A croire que Satan vient à ma demande, et non pas l’inverse. Il a davantage l’air blasé qu’énervé. Il devait s’attendre à cette réaction de ma part.
-Pride… Tu ne changes pas, tu sais. C’est un poil agaçant, à la longue. Aucun respect pour le protocole…
-Tu sais bien que quand ce sont mes fesses qui sont assises sur un trône, le protocole ne me pose aucun problème.
Satan sourit, à moitié amusé, à moitié sadique. Il doit penser à mille manières de me torturer à l’instant-même.
-Pride... Tu ne voudrais pas que je m'énerve.
-Enfin, tu sais bien que c'est la dernière chose que je veux!
Il me regarde d'un air mauvais:
-Sache que j’ai accepté ton caprice, Pride, parce que tu ne seras plus ici avant un bon bout de temps, et que je considère pouvoir me montrer magnanime et patient vu que tu vas partir en mission pour moi.
-En mission ?
Qu’est-ce qu’il veut que je fasse hors des Enfers ? Attaquer Dieu ? Enlever une âme ?
-Oui. Tu vas aller sur Terre. Avec les six autres Sins. Je veux que vous lanciez une phase de corruption massive de la planète. Refaçonnez-la à votre image à tous les sept. Faites de ce Royaume terrestre un repère de pourritures. Vous ne reviendrez que quand la Terre sera perdue dans le péché.
C’est exactement ce dont j’ai besoin. Ce que j’ai attendu pendant des siècles. L’occasion de changer de décor, de découvrir de nouvelles choses et de pouvoir me mettre à l’écart pour construire mon armée. Un sourire de jouissance se trace sur mon visage. Oh, tant de possibilités fusent en moi ! Satan s’approche de mon trône et me plaque brusquement contre le dossier.
-Tu es mon démon le plus puissant, Pride. Mais c’est ta dernière chance. Accomplis cette tâche pour moi sans encombre, et, lorsque la Terre ne sera plus qu’une expansion de mon Royaume, je ferais de toi le Prince des Mortels. Trahis-moi d’une quelconque manière, je te détruirai, Sin ou pas. Est-ce que c’est clair ?
Une offre alléchante, je dois l’admettre. J’avoue que je suis tenté. Mais de mon point de vue, la parole de Lucifer vaut autant que la mienne, c’est-à-dire rien. Mais je ne prendrai pas de décision à la légère. Je commencerai en remplissant ma mission, tout en restant l’esprit ouvert aux opportunités qui s’offriront à moi, et en étant attentif aux potentielles trahisons. Qui sera mon ami ? Qui sera mon ennemi ? Quel sera mon choix ? Nous verrons.
-Comme du cristal, dis-je en regardant mon reflet dans les miroirs de mon palais… »

Me voilà donc sur Terre, plus dangereux que jamais, prêt à accomplir mon destin… Devenir votre Maître, pauvres mortels !
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