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 Chapitre 3: Insignifiance

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Loki Pride

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Date d'inscription : 30/12/2016

MessageSujet: Chapitre 3: Insignifiance   Dim 23 Juil - 23:43

Cela fait maintenant quelques semaines que je suis arrivé à New York. Je dois admettre que je m’y plais bien. Le soleil brille, les pubs sont animés, et Lucifer n’est pas là. Quoique sa présence est partout, à travers le flot permanent de pécheurs potentiels qui traversent les rues New-yorkaises. Ça sent bon le vice dans cette ville. Pendant ces quelques semaines, je me suis créé mon petit cocon, mon microcosme, mes petites habitudes. Dès mon arrivée, il était clair que je ne pouvais pas rester dans l’anonymat. C’est contre ma nature. Je fis donc en sorte que tout le quartier fasse ma connaissance, et il ne prit que quelques jours pour que je sois admiré d’un certain nombre. Il faut dire que ma couverture est des plus impressionnantes. Ecrivain. Ça fascine. C’est inévitable. De nombreuses rencontres, donc. De nombreuses cibles, par la même occasion. Certaines ont déjà succombé à l’orgueil que j’ai fait naître en elles. Elles ont été punies immédiatement. Je n’aime pas voir les humains se croire plus grands qu’ils ne le sont. Je leur laisse leur hubris juste assez longtemps pour que leur âme soit à moi, et après, je frappe. Ces âmes n’ont aucune chance face à moi. D’autres sont encore à corrompre. Tiens, en voilà une à l’instant. Gina. Une belle New-Yorkaise, Gina. D’origine italienne. Ça se voit. Elle vit dans l’appartement au-dessus du mien, avec son mari Lenny. Deux tourtereaux, bientôt deux de mes esclaves, qui attendront gentiment mon retour en Enfer. C’est ça, fais-moi un joli sourire. « Tu es resplendissante, aujourd’hui, Gina ! » Flattons son ego tant qu’on le peut : bientôt, cette délicieuse créature ne sera plus que ma marionnette. Elle part de chez elle alors que je rentre, et elle affrontera cette journée avec une confiance en elle renforcée. Mais ce ne sera qu’une illusion. Elle s’en rendra compte bien assez vite. Ah, mon appartement. J’aime beaucoup cet antre terrestre. Il n’a bien sûr pas la splendeur de mon palais du dernier cercle de l’Enfer, mais il est bien situé, lumineux, et surplombe une rue calme quand il le faut, et agitée quand je le veux. De bonnes qualités pour une forteresse du mal, non ? Et comme tout bon écrivain qui se respecte, devant la fenêtre, perchoir d’où on voit passer la vie, pour poser ma machine à écrire, j’y ai mis un bureau. Un beau. En bois d’acajou. J’aime bien sa couleur qui tire vers le roux. Il a coûté un peu cher, mais les fonds d’un envoyé de Satan sont illimités. Et rien n’est trop beau pour entreposer ma précieuse machine à écrire. J’ai quelques mots à taper, d’ailleurs…

« …Gina est heureuse, aujourd’hui. Fait notoire, car c’est assez rare, ces temps-ci. Où va sa vie ? Elle ne sait pas vraiment. Son quotidien, sa vie sentimentale, ses expériences, tout a pris un tel goût de routine et de prévisible qu’un simple compliment éveille sa journée. Triste… C’est encore Loki qui l’a complimentée sur son apparence aujourd’hui. Loki Pride… Quel être fascinant, aux yeux de Gina. Elle ne le connait pas si bien, mais elle a l’impression que son existence incarne tout ce à quoi Gina aspirait, et n’a au final jamais eu droit… La richesse, la gloire, l’imprévu, l’aventure, le danger, aussi, un peu. Dans le quartier, tout le monde connait le nom de Loki Pride, écrivain récemment installé dans le coin, mais personne ne sait très bien qui il est, quelle est son histoire. Gina sait simplement qu’il s’agit d’un homme charmant, dont le regard cache un brin de folie envoûtant. Il est tout ce qu’elle croyait avoir trouvé chez Lenny. Mais Lenny a changé au fil des années. Ou peut-être qu’il s’est révélé, elle n’en sait rien. Mais l’homme passionné, audacieux, impulsif qu’il avait été a fait place à un homme blasé, insipide, prudent… Elle l’aime encore, bien sûr. Du moins, elle le croit. Elle n’a jamais vraiment remis cette idée en question. Après tout, qu’est-elle en dehors de Lenny ? Elle l’a épousé dix ans auparavant, quand elle n’avait que 20 ans : toute sa vie est bâtie autour de ce couple. Elle n’a jamais pris la peine de devenir qui que ce soit d’autre. Mais quand elle regarde Loki, passant dans le couloir pour rentrer dans son duplex tellement plus luxueux que le petit studio que Lenny et elle partagent dans les combles, une étincelle braisée dans l’œil et un compliment joliment formulé au bout de la langue, elle se dit soudainement que le monde existe en dehors de Lenny, de cet homme qui ne la touche plus, qui ne la complimente plus. Et pourtant, c’est tout à fait possible que les attentions de Loki ne soient rien d’autre que des politesses de voisinage. C’est même très probable. Pourtant, ces attentions réveillent en Gina une chose qu’elle n’a plus expérimenté depuis des années : l’attention. Il n’a probablement pas conscience de l’importance que cela a pour elle. Ou peut-être que si, ça serait cohérent avec la personne : un écrivain est toujours si ouvert, si porté sur les autres, pour les comprendre, les analyser, les dévoiler. Elle s’égare… Loki est l’incarnation d’une possibilité d’évasion qu’elle ne veut pas faire surgir à la surface. Elle a des choses à faire. Des courses. Un travail. Des antidépresseurs à prendre. Peut-être qu’elle repensera à Loki quelque part entre le Wallmart et le Xanax… »

Ça y est. Je suis rentré définitivement dans sa tête. Ça aura pris un peu de temps, un temps nécessaire pour laisser les choses évoluer toutes seules, sans brusquer la faible nature humaine, mais je suis désormais certain que Gina succombera bientôt à l’inévitable orgueil, et retournera alors à l’état de poussière, son souvenir coincé entre les pages de papier blanc que j’entrepose dans cet appartement… Je vais faire une pause. Je l’ai bien méritée. Ce ne sont que quelques lignes, mais elles sont le fondement de ce qui changera à jamais le destin de ce personnage. Car oui, c’est ce qu’elle est. Un personnage. Ils sont tous des personnages d’un livre, d’une farce sordide et malsaine qu’est la vie, et dont je suis l’auteur. J’aime les laisser nager dans leur illusion de bonheur, de libre-arbitre. Et un jour, tout disparaîtra. Ce sera distrayant. Enfin bref, ma pause, maintenant. Je vais aller au pub, ça me fera du bien. Le barman m’a à la bonne. Il me paye toujours mon premier verre. Il flatte mon ego. Il a compris la méthode, il est peut-être un peu moins bête que cette méprisable multitude. Aller au pub n’est pas très long. Bien évidemment qu’en tant qu’écrivain, j’ai choisi un appartement avec un endroit pour boire juste au coin de la rue. Quelques pas à droite quand je sors de l’immeuble, et là, y’a le carrefour, et juste derrière, les quelques marches qui mènent à ce bar bâti un peu en dessous du trottoir, comme un demi sous-sol. Le Faucon Ivre, qu’il s’appelle. Quand tu rentres, l’intérieur change rarement. Même disposition simple des tables dans les coins, même tapisserie humaine spécifique à chaque heure de la journée. A six heures, il y a toujours Connor et David, les deux piliers de comptoir, déjà relativement euphoriques. Ils arrivent tous les jours vers onze heures pour oublier leurs problèmes, et y arrivent plutôt bien. Ils doivent avoir tous les deux une ardoise de plus de mille dollars, mais ils n’y pensent pas : ils ont soif ! Dans un coin, il y a souvent une étudiante qui prend un café pas cher pendant qu’elle bûche sur son livre de droit. Parfois quelques touristes égarés de leur balade dans le centre-ville, venus recharger leurs batteries. Mais tous ceux-là ne m’intéressent pas. Leur tour viendra, mais pas tout de suite. Non, celui qui m’intéresse est là… Bah tiens, où est-il ? Ah, le voilà ! Intéressant… Il a changé de table par rapport à d’habitude… Lenny. Il est là tous les jours, en sortant du boulot, pour prendra sa petite pinte de stout qui lui permet de tenir sans craquer. C’est absolument hilarant de voir à quel point le capitalisme favorise l’alcoolisme, et l’alcoolisme favorise l’économie capitaliste. Un beau cercle vicieux. Je dois reconnaître que Greed a fait un sacré boulot quand il a mis tout ça en place. Lenny m’a vu. Ouais, c’est ça, coucou… Comme si j’avais une quelconque estime pour lui… Mais bon, je dois faire bonne figure, si je veux prendre son âme. Je vais aller le voir quand j’aurai commandé. « Salut Loki ! » Ah, le barman ! « Salut, Ben. » Les politesses sont échangées. « Comme d’habitude, je présume ? » Il est perspicace. « Tu le sais bien ! » J’ajoute un petit rire, ça le met en confiance, le bougre. « Voilà pour toi. C’est la maison qui offre. » Je commence à avoir du mal à feindre la surprise ou la joie à cette nouvelle : je suis habitué à la longue à recevoir un verre gratuit. Allez, j’attrape mon verre de whisky, et je vais rejoindre ce pauvre futur damné de Lenny. « Comment vont les écrits, Loki ? » Ahah si tu savais, misérable cloporte… « Très bien, merci ! J’ai un peu avancé dans ce chapitre qui me bloquait depuis deux-trois jours. Et toi, quoi de neuf ? Ça n’a pas l’air d’aller très fort... » Voyons l’évolution de sa situation. Quand le désespoir aura atteint son paroxysme, l’orgueil ressurgira en ultime recours, pour le maintenir en vie. C’est instinctif. « Effectivement… Je suis au bout du rouleau… » Alors, il faut essayer de se montrer attentif à ses problèmes. Je vais demander à Ben de lui resservir une pinte, à mes frais. « Raconte. Qu’est-ce qui t’arrive ? » Regarde-le qui vide la moitié de sa pinte pour sortir ce qu’il a sur le cœur. Comme si tes problèmes étaient différents de ceux des autres… Mais vas-y, parle, pauvre diable, parle. Raconte-moi à quel point ta vie est méprisable, et à quel point tu voudrais tout changer, tout détruire. Vas-y…

« …Se réveiller le matin. Toujours la même musique. Toujours le même café. Toujours le même visage qu’il n’aime plus depuis des années… Il se promène entre les quatre murs de son studio miteux, sans but. Il ne peut pas se payer mieux à New York avec son salaire. Quand il pense à Loki qui habite en-dessous, seul, dans un duplex qui fait trois à quatre fois la taille de son appartement sous les combles, il est vert. Mais Loki Pride n’est pas à blâmer. C’est un type bien, il le sait, et il l’apprécie beaucoup. Seulement, la confrontation des deux vies lui rappelle constamment sa condition. Après sa toilette, il se prépare ce ridicule petit déjeuner de classe moyenne qu’il mange chaque matin. Du bacon de mauvaise qualité, qu’il fait cramer pour que ça se sente moins, des toasts datant de la veille, mous, car son grille-pain est mort, et du jus d’orange périmé acheté à l’épicerie d’en bas. Il n’a bien sûr pas vu la date limite sur la bouteille, et c’est le pakistanais d’en bas qui s’en frotte les mains. Chaque jour que le bon Dieu fait commence de la même manière pour lui. Chaque fois qu’il ouvre les yeux à l’aube, il se demande ce qu’il fait là, et à chaque crépuscule, il se couche en ayant encore moins la réponse. Une seule perspective de vie : la Sainte Trinité de l’Insignifiance. Métro. Boulot. Dodo. Qu’est-ce qu’il déteste le métro… Une prison souterraine dans laquelle la peine n’est jamais très longue mais où l’on est condamné à retourner tous les jours. Quel enfer… Il préférerait tellement revenir dans son Iowa natal, là où tout est plus simple et moins anxiogène. Mais elle ne voudrait jamais bouger de New York… Elle y a fait toute sa vie… Et ça serait un aveu d’échec auprès de sa famille ! Non, il est celui qui peut réussir, même dans une grande ville comme ça ! Il ne peut tout simplement pas se résoudre à abandonner. Le voilà à son travail, maintenant… Une autre prison. A peine plus spacieuse. Dans son petit bureau qui ressemble à une petite boîte, il est si à l’étroit. On dirait un emballage. Oui, un emballage, voilà ! Ça veut tout dire : il n'est rien d’autre qu’un produit. Ou un outil. Interchangeable, jetable dès qu’il n’est plus utile. Lui qui avait toujours cru qu’il était plus. Qu’il était différent de la masse. Quelle belle illusion… La vie lui rappelle tous les jours le contraire. Et pourquoi persiste-t-il ? Pour son retour à l’appartement qu’il partage avec elle ? Pour ce « dodo », qui est censé être le moment de soulagement de cette journée insipide ? A quoi bon ? Leur vie sentimentale existe à peine désormais, alors qu’ils s’aimaient tellement. Et les rêves qui sont censés constituer une échappatoire, il n’arrive pas à les atteindre. Insomnie. L’ultime prison. Celle qui te coupe de tes rêves, qui te confronte dans le noir et dans un silence pesant à tous tes problèmes, à toutes tes contradictions. Il n’a même plus la force de rêver. Comment peut-il vivre, alors ? Comment…

Quelle histoire larmoyante, vous ne trouvez pas ? Bien sûr, je la connaissais déjà, j’ai vu tout ça en lui : c’est moi qui ai écrit ces mots tirés de sa tête que vous venez de lire. Son désespoir est encore plus intense que je ne le pensais. C’est parfait. Je vais pouvoir le cuisiner à ma sauce. C’est Gluttony qui en aurait eu l’eau à la bouche. C’est parti. « Ecoute Lenny, toi et moi savons tous les deux que tu es plus qu’un pion d’un système. Tu n’es pas insignifiant. Tiens, viens dîner demain soir avec Gina chez moi, je vous ferai un bon repas et on pourra discuter tous les deux d’un chemin sain pour toi vers une vie qui te satisfasse vraiment. » Il accepte. Bien évidemment. On ne refuse rien à Loki Pride. S’ils savaient seulement que c’est de leur âme dont je vais me repaître… Une journée bien productive. Je m’autoriserai peut-être une soirée opium chez Wrath s’il est disponible. En attendant, dormez bien, mortels, tant que la nuit est belle.
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