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 Un jeu bien venimeux... [+18][Sloth/Lust]

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Armélide Lust
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Date d'inscription : 16/12/2016

MessageSujet: Un jeu bien venimeux... [+18][Sloth/Lust]   Lun 13 Mar - 3:03

Depuis l’allée principale du parc Ozone, on aperçoit les voitures circuler devant l’avenue bordée d’hôtels et de boutiques. Quelques feuilles sèches grincent au sol, lentement traînées par le vent nocturne. Un avion passe au-dessus du quartier, coupant le ciel en deux depuis l’aéroport J. F. Kennedy, situé à quelques kilomètres seulement. En sortant du parc, la voie oriente naturellement vers le Grand Casino de Woodhaven.

Je me demande ce que me veut ce vieux fou. Me donner RDV dans un lieux de débauche qui n’est ni le mien, ni le sien. Bien son genre d’excentricité. Je regarde à travers les vitres feutrées de la limousine qui m’emmène. Autant sortir le grand jeu, à défaut de savoir le pourquoi de la chose. Après tout, il sait qui je suis et comment j’agis. La voiture s’arrête, le voiturier ouvre la porte et me regarde, comme s’il avait vu la déesse Aphrodite en personne. Je ne bronche pas, je commence à avoir l’habitude de ce genre d’attention. Ce n’est pas comme si je ne les provoquais pas volontairement. Mes talons claquent sur le sol lorsque je monte les escaliers du palace, la fourrure de mon manteau traînant sur le sol, suivant mes pas lents et déterminés. Une marche dure, inéluctable, qui signera sans doute la fin de toutes les personnes présentes en ce lieu.
Comme à l’accoutumée, mon entrée est remarquée. Et ma tenue est faite pour que personne ne doute que j’ai les moyens et que je cherche le confort dans cet endroit que je ne connais ni ne maîtrise. Mais ce n’est qu’une question de temps. On m’aborde, j’enlève cette fourrure qui encombre mon corps et me donne affreusement chaud. Et j’ai eu raison sur le reste de la tenue. Le fourreau de soie noire, sur ma peau albâtre et fine, est parfait. Fendu sur la cuisse gauche, rehaussant parfaitement ma poitrine, épousant à la quasi-perfection la courbure de mes reins, je sens déjà les regards qui glissent sur moi. La rivière de diamant, une excentricité dont je ne suis pas peu fière, habille avec élégance mon décolleté ; et les boucles d’oreilles pendantes me donnent un côté riche et fragile. Un chignon serré laisse ma nuque et mon dos découverts, ce qui n’a pas l’air de déplaire à la gente masculine présente.
Mais les regards, pour l’instant, je m’en moque. C’est ce vieux crado que je cherche. Cet homme, ce démon qui me dégoûte, comme tous les autres. Mais lui, bien plus. Lui, je ne fais pas que le mépriser, je l’évite aussi sûrement que la pestilence qui l’entoure. J’essaie de ne pas afficher un masque de dégoût, juste un sourire suffisant. Je sors de ma pochette mon porte-cigarette et un homme se précipite pour allumer ce poison que certains humains s’enfilent à longueur de temps. Poison qui n’est pas désagréable, du moins pour moi. C’est alors que je le croise, ce regard que je redoute tant. Ses pupilles jaunes qui se plantent dans les miennes indubitablement. Un frisson parcourt mon dos, je déglutis. Même de loin, il me met mal à l’aise. Il me débecte. Je détourne le regard, et naturellement me dirige vers le balcon, désert. Plus intime pour discuter avec un vieillard sénile…

Suffit de terminer le cocktail jusqu’à la dernière bulle au fond du verre. C’est vraiment pas pratique ces pailles. Ces humains n’ont aucune jugeote quand il s’agit de fabriquer des objets censés faciliter la vie. Honnêtement. Qui aurait eu l’idée de faire boire ses congénères avec une paille dans un verre à fond rond ? Bien. Levons-nous. La biche du Diable vient de passer, et elle se fait prier au balcon.
Le vieil homme se lève tranquillement après avoir congédié une serveuse. Il avance avec décontraction dans un costume trois pièces un peu large. Un autre serveur lui passe à côté puis soupire et s’asseoit immédiatement sur un tabouret, la tête entre ses mains. Beddy sourit légèrement et poursuit sa marche vers le balcon en contournant le buffet. Il la voit, vulgairement habillée d’un fourreau noir. On dirait une anguille tapie dans les profondeurs marines…

- Bonsoir, chère collègue. L’air nocturne new-yorkais vous sied-il ?

Une odeur d’eau de toilette bon marché m’arrive au nez. Il est là, celui qui sert de bouffon à notre Maître à tous…

- Très cher… Je crois que le relent du fleuve pas très loin m’indispose quelque peu. A moins que l’odeur soit naturelle à l’endroit, qui empeste, vous ne trouvez pas ?
- C’est là l’oeuvre du temps qui passe, l’oeuvre de nos efforts conjoints dans la débauche de ce bas-monde. Que pensez-vous du menu fretin qui nous est offert en cette soirée odieusement délectable ?
- Fade et peu intéressant, si vous voulez mon avis. Est-ce pour me faire partager votre goût pour le putride que vous m’avez fait venir ici ?
- À vrai dire, votre réaction ne me surprend guère, si ce n’est tenant compte de votre méconnaissance de l’enjeu de cette soirée. Je vous propose une soirée de détente où nos qualités pourront s’exprimer naturellement…
- Il me semble que je vous ai posé une question simple… Sloth.
- … Je vous prie de ne plus m’appeler sous ce nom en de tels lieux… Bien, passons. Pour vous répondre, je vous poserai cette question : pensez-vous réellement que vos qualités empruntées puissent empiéter sans encombre sur mes talents naturels ?

Je ne lui réponds pas, bien entendu, mais lui lance un regard condescendant en recrachant lentement la fumée de ma cigarette. S’il croit qu’il me fait peur, le bougre ! Il se fourre le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. Je hausse les épaules avant de de faire quelques pas vers le rebord.

- Alors ? Quel est l’intérêt que vous trouvez à ce lieu au point de me tirer de mes débauches habituelles ?
- Je tenais surtout à passer une soirée agréable, à corrompre quelques âmes. Cela dit, maintenant que je vous ai en face, je peux vous l’avouer. Je suis curieux de voir qui du désespoir ou de l’appétit insatiable prendrait le dessus. Pour ce qui est du choix du lieu, je vous répondrai simplement qu’il est un alibi idéal pour ma couverture humaine.
- Propice à la désinvolture qui n’est guère liée à vous n’est-ce pas ?... Mais soit. C’est un défi que je relève. Cela me fera une distraction amusante.

Je lui lance un sourire à la fois aguicheur et plein d’assurance. Ah, il voulait voir de quoi je suis capable. Il ne sera pas déçu.

Beddy Slothman se retourne alors et rentre vivement pour dissimuler le léger sourire qui plisse ses yeux. Il n’y a plus grand monde dans la salle principale du premier étage… Dirigeons nous vers le bar pour savoir où sont partis les hommes riches et vaniteux. Tiens, voilà le barman qui revient en trébuchant maladroitement. Quel empoté.

- Dites-moi jeune homme. Où sont donc partis ces messieurs qui accompagnent M. Parsons ?
- Ah… euh… je vous conseille d’aller voir dans la salle de jeux réservée aux fumeurs. Il y a une partie en cours là-bas.
- Merci mon brave… Au fait. (Beddy le regarde droit dans les yeux). Abandonne ce job, tu n’es pas fait pour vivre un tel luxe. Tu erreras toute ta vie sans aide aucune, ni soutien de ta misérable mère. Tu finiras écrasé par les clients ici, ou battu à mort par ces loubards qui guettent depuis les ruelles.

Le serveur écarquille les yeux, puis rougit intensément avant de se diriger en courant vers les toilettes du service. Beddy s’engage vers la salle pour fumeurs.

Je le laisse partir en premier. Il a l’avantage sur moi, je le sais. Mais je ne me laisse pas abattre. Il n’a sans doute pas toutes les cartes que j’ai dans ma manche. Je finis ma cigarette, indisposée par le couple qui vient d’arriver. De toute évidence, deux jeunes mariés en pleine lune de miel. J’ai un petit sourire mesquin. Pourquoi pas après tout ? Je ne remettrai sans doute jamais les pieds ici, de toute manière. Je rallume volontairement une cigarette et les fixe, captant quelques regards de l’homme sur moi. Et je joue, j’ondule, le corps plein de promesses, la tête pleine de trahisons aussi fourbes les unes que les autres. Et son regard la fuit et s’accroche à moi comme une sangsue. Une cocue dès la nuit de noce ? Vive les mariés ! Pour le meilleur et pour le pire, pas vrai ?... Le pire pour elle, le meilleur pour moi, forcément. Et le pire, c’est qu’elle ne voit rien. Les gestes qu’il rêve de me faire, c’est sur son corps qu’il les exécute. Et le désir qu’il éprouve, elle pense qu’il est pour elle. Ma pauvre chérie, si tu savais ! Ton homme est comme les autres, fragile et prompt à céder à la tentation de la chair. Les libertins ont compris le sens de la vie, eux, au moins. A moi de m’occuper des âmes perdues, comme eux. J’écrase ma cigarette, un dernier regard, et je m’éclipse, un peu plus loin, dans une salle pas très loin. Il va me suivre, c’est certain. Je m’occuperai d’elle après. L’apéritif avant le repas. Un avant goût du festin que je me prépare… Cette soirée va être parfaite. Il est là, il entre. La Luxure l’a envouté et l’a pris. Ton âme m’appartient maintenant, petit être insignifiant. Je t’ai eu…

… On peut entendre les voix graves et voir la fumée s’échapper lentement de la salle fumeurs. Ils sont nombreux à s’être réunis ici pour se pavaner à fumer le cigare. On peut déjà deviner l’odeur des 16 hommes réunis à travers celle de la fumée des cigares…

Une distraction qui ne dure pas longtemps, hélas. Je quitte la salle, le laissant repu de sexe et de plaisir. Trop rapide, trop empressé. Pas agréable. Mais son âme est à moi, à présent. Une de plus dans la Chambre des Plaisirs, sa prison pour l’éternité à présent. Et la frustration n’est clairement pas mon amie. Alors je vais entrer en scène, et pervertir cet endroit à ma façon. L’envenimer de manière brutale. L’idée me plait. Je me dirige vers le bar, je change la musique sans même demander la moindre permission. Et, avec l’aide de deux jeunes hommes captivés par mon apparence humaine, je monte sur le bar. Et ondulant, souriante, je chante. Une de ces chansons qui me sied à la perfection, en changeant quelque peu les paroles.
Baby can’t you see ?
I’m callin’
A girl like me should wear a warning
It’s dangerous, you’re falling
There’s no escape
You can’t wait
You need a hit, baby I give you it
I’m dangerous, you’re lovin’ it.


Je suis le rythme de la musique, je danse. Je renverse volontairement du pied un verre de vodka sur le chemisier d’une jeune femme bien trop décente pour moi et l’écrase avec une certaine délectation. On me voit, on m’observe, et j’envoûte. Et j’aime ça. La moisson est pour bientôt.

C’est l’agitation dans la salle. Malgré l’épaisseur de la fumée des cigares, on devine les hommes en chemise, certains avec les manches retroussées pour jouer au billard. Les autres sont installés autour de la table basse, dans des fauteuils confortables et fermes. C’est si facile de s’immiscer dans ce genre d’endroits. Suffit de connaître l’un des mâles dominants et le tour est joué. Je me fais introduire par M. Parsons auprès des autres autour de la table basse. Je vois deux ambassadeurs du Liban et de Centrafrique, quelques cinq magistrats et trois négociants en import-export. Les six autres sont affairés autour du billard, certains ne sont que des assistants ou des secrétaires. Je les laisse poursuivre leur conversation principalement axée sur le sens des affaires en Afrique… Pendant ce temps je me contente d’observer chaque personne présente, de croiser le regard hagard et vide de chacune de ces proies en puissance.
Plus la discussion avance, plus les joueurs perdent leur tonus et s’affaissent sur les tabourets. Au moment où celui qui doit jouer perd conscience, Beddy se retourne lentement vers son voisin de gauche et lui plaque sa main contre le front, imprimant un motif circulaire étrange. L’homme ne comprend pas ce qui lui arrive et fond en larmes instantanément. Il suffoque. Beddy se tourne alors à droite, vers les deux ambassadeurs qui n’ont rien vu et leur dit d’une voix sifflante :

- Vous n’avez rien à faire ici, êtres inférieurs. On vous a sortis de la brousse et du désert pour mieux voler vos terres, mais vous vous entêtez à vouloir imiter les Blancs d’occident. Toi, tu n’es bon qu’à vendre des porte-feuilles en cuir, comme ton crétin de frère. Et toi, tête d’âne, tu crois que personne n’est au courant pour ton business de sodomie à Beyrouth ? Tu crois vraiment que les médias vont te laisser courir longtemps sans investigation ? Vous n’êtes que des bons à rien, sans esprit de discrétion. Quand vous franchirez les portes de ce casino, vous regretterez le jour de votre naissance !

Tous les hommes autour sont stupéfaits, terrifiés par ce qui se passe. L’un des négociants s’approche de Beddy pour lui dire de s’arrêter mais il lui agrippe la cravate et tire violemment dessus pour que sa tête vienne s’écraser sur la table. Il lui a brisé l’arête du nez. Puis il se retourne à nouveau vers l’homme à sa gauche et lui saisit le visage avec ses deux mains. En se levant, il approche sa bouche au-dessus de sa tête et laisse couler sa salive entre les lèvres de sa victime impuissante. En se reculant, Beddy observe son oeuvre : l’homme a les yeux révulsés, injectés de sang, et se lève en titubant. Les autres hommes s’approchent pour l’aider mais il se met à les enlacer avec force, à s’accrocher à eux, puis à les mordre en geignant...
… Il ne reste plus que quatre hommes debouts dans la salle. Beddy, sa créature, M. Parsons et l’ambassadeur de Centrafrique. Sloth se lève tranquillement et laisse les trois hommes immobiles dans la salle. L’un est agonisant, les deux autres sont interdits.

- Vous ne valez pas la peine qu’on vous achève.

Il sort en soupirant et en ajustant son costume, quand une jeune femme visiblement pressée vient vers lui pour lui annoncer une nouvelle importante. Elle lui chuchote à l’oreille l’information puis s’en va aussitôt par une porte de service.

With a taste of my lips, you’re on a ride
Ils sont braqués vers moi, et je ne parle pas que de leurs yeux. Il monte, le désir, il monte de manière fulgurante.

J’arrive. Oui, j’arrive. J’ai hâte de voir ces agités du bocal dégouliner à mes pieds. Leurs souffrances vont m’appartenir.

I’m toxic you’re slipping under
Je descends du bar, touche du bout des doigts cette jeune femme au chemisier mouillé, qui arrache son haut à peine effleurée. Ils m’appartiennent déjà.

J’effleure les employés pour demander mon chemin, capte leur regard avant de leur asséner quelques frayeurs piquantes. Ils tombent comme des mouches, s’avachissent comme des larves, se tortillent comme des vers.

With a taste of a poison paradise
J’avance dans cette pièce, immense. Déjà un couple se déchaîne contre un pilier en bordure. Je me réjouis de voir la jeune mariée pleine et comblée par deux hommes, dont aucun n’est uni à elle par un anneau doré.

Trois jeunes gens semblent chercher la salle pour fumeurs, je m’en vais les éclairer. Je leur indique la direction après leur avoir promis la présence de célébrités qu’ils rêvent de rencontrer. S’ils savaient… Je commence à tressauter de rire.

You’re addicted to me
Je sens une main sur ma jambe, mais un coup de pied dégage ce scélérat. Un croupier à ma gauche se frotte langoureusement contre le fessier de son jeune collègue serveur, qui semble apprécier.

Des touristes asiatiques écoutent la musique qui vient de la salle principale au rez-de-chaussée, les escaliers ne sont pas loin. Ils ont l’air légèrement mal à l’aise malgré le rythme qui les envoûte. Je me contente de leur caresser la nuque avant de passer mon chemin. Ils se feront des reproches jusqu’au matin…

Don’t you know that I’m toxic
L'exhibition commence, la honte n'existe plus. Certains sont déjà en plein onanisme ouvert et sans pudeur. Et la robe tombe, le spectacle peut commencer.

Je descends les escaliers et me dirige vers les portiers visiblement prêts à s’arracher les vêtements. Leur excitation leur brûle le coeur et les mains. Alors je leur murmure ces quelques mots : “Une vie meilleure vous attend. Allez vous foutre en l’air.” L’un ouvre grand les portes et sort en courant avant de se faire écraser par un taxi en pleine course. Les deux autres sont partis dans un coin non loin du bar pour se lamenter bruyamment la main au sexe.

And you love what I do
Le rouge est une couleur des plus contrastées : la passion et le sang. C’est sans doute ce qui m’a décidée à porter cette tenue des plus indécentes sous la robe dite correcte. Courte, décolleté plongeant, moulante comme une seconde peau, elle dévoile le haut de mes bas et on devine aisément le porte-jarretelle en dessous. Et ils bavent, hommes comme femmes, la tension est énorme. Et je m’amuse comme une lycéenne en boîte de nuit.

Bien, assez d’amuse-bouches. Allons voir ce que fait notre petite enfant gâtée à tous ces malheureux. Comme c’est bruyant par ici ! Et la voilà qui se défroque… Mazette. Faisons lui signe de calmer sa joie, il est temps de passer à table.

Dont’ you know that I’m toxic
Ils se retiennent encore un peu, l’apothéose est presque là, je le sens. Quand ce signe m’interpelle. Ce vieillard barjo a finalement refait son apparition. Et je souris. Et c’est à pas lent que je m’en vais le rejoindre, lui montrer l’étendue de ce que je peux faire d’une assemblée qui n’est pas la mienne. Et le venin s’empare de tous ceux qui subissent mon passage.

Elle s’approche. Je m’engage vers la salle du fond, où une autre foule nous attend. Une salle où les jeux de cartes nous promettent un menu de choix.

La salle de Poker. Encore vierge de toute approche perfide et indélicate. Pas pour longtemps. J’entre à peine quelques secondes après lui. Cette odeur de sueur et de tabac froid, je m’en délecte come celle d’un bon repas chaud et j’avance, vile et cruelle que je suis, pour dévorer mes proies, une par une.

Nous nous installons à la plus grande table, où un vieux couple nous cède leur place avec empressement. Nous voilà devant le plat de résistance. Le croupier nous demande de lancer la mise, en rougissant légèrement lorsque la “prima donna” qui m’accompagne se trémousse pour aguicher un homme à côté d’elle. Pendant ce temps, je regarde les personnes à ma droite en leur souriant. Ils ne savent pas qu’un grand événement va bientôt se produire. Leur visage se contracte légèrement, certains sentant une veine battre à leur tempe, d’autres sentant un relâchement complet et lourd de leur bas-ventre.

Pas besoin de contact pour diffuser un poison puissant par l’odeur. La luxure émane de ma simple présence, comme un encens posé dans le coin d’une pièce. Je suis presque au maximum de ma puissance sous forme humaine et ma forme démoniaque doit rester cachée. Alors tout se fait dans le contrôle absolu du moindre de mes mouvements, de la moindre de mes respirations, qui se fait haletante, comme lors d’une extase sexuelle. Et je me cambre légèrement, et tous mes voisins, à l’exception de mon cher collègue, se tendent. Je vois la panique dans les yeux de certains, qui se demandent ce qu’il se passe, mais un simple regard fiévreux les envoûtent… Un gémissement, et je mets la salle en alerte… J’adresse un clin d’oeil à ce vieil homme et me mord la lèvre inférieure en plissant doucement les yeux.

L’atmosphère devient électrique, la plupart commencent à se tendre. De mon côté, il me suffit d’inspirer l’abandon et la lassitude en croisant le regard de certains curieux qui se sont tournés vers nous. Les plus âgés commencent à pâlir. Les plus jeunes sont surtout des serveurs qui circulent. Les voilà qui avancent maladroitement en surveillant leurs pas, l’air un peu triste. Ils se font réprimander par leur supérieur qui surveille la salle depuis la porte, mais rien n’y fait. Je vois des joueurs s’affaisser en laissant tomber leurs cartes, et j’entends des plats se répandre sur le sol. Un verre se brise.

Une langueur sexuelle s’empare de la plupart des personnes présentes. Un mélange d’excitation et de lourdeur s’insinue chez certains, qui ne savent comment agir, et qui se frottent avec nonchalance contre la première chose à leur portée comme des chiens en chaleur. C’est comme si le désespoir emplissait la pièce, la panique également, et que le tout se mêle au sexe que je dégage. Et les vêtements commencent à s’arracher dans un coin de la pièce, un cri, de l’autre côté, d’un homme souffrant de cette envie qu’il n’arrive pas à assouvir. Et moi qui reste calme, je regarde mes cartes qu’un croupier encore un peu résistant vient de servir. Une paire de dix. Il se peut que j’ai un peu plus que de la chance, ce soir.

Les personnes assises à notre table sont quasiment toutes haletantes et agitées. Je sens mes voisins de droite pris de vertiges. Et lorsque je croise le regarde du jeune croupier, le voilà qui tremble brusquement de la tête, comme pour se dégager d’une mauvaise pensée. Une vague de frisson envahit la salle. Je me lève et me retourne pour admirer le paysage, la fresque qui se dessine. La plupart des chaises et des tabourets tombent ou sont écartés pendant que les plus fragiles suffoquent à quatre pattes. J’en vois d’autres si brûlants de désir qu’ils sont presque nus, prêts à se frotter à la première personne venue. Des râles de plaisir se mêlent aux lamentations, au milieu des tremblements et des accoups.

Un regard me suffit pour que le croupier ne finisse pas de retourner les cartes et s’amuse avec sa voisine de gauche. Je l’entends crier. Bien sûr qu’il lui fait mal dans son plaisir. Et ce n’est pas fini. J’accepte qu’un couple de jeunes lesbiennes se frotte à moi. Elles sont moites et leurs dessous sont trempés. Elle n’en peuvent plus et c’est allongées sur la table centrale qu’elle viennent, sans s’arrêter. La frénésie est là. Tous incapables de s’arrêter au point d’en souffrir. Et les pleurs commencent, à travers les cris de plaisir et de jouissance. La douleur se mêle au désir. La jouissance aux larmes… Le sexe qui fait mal. Le sexe pour le sexe. Je suis présente dans chaque parcelle de leurs êtres. Je les possède. Ils sont miens.

La salle est devenue bruyante, pleine de cris, de bruits de tables et de chaises déplacées, de claquements, de frottements. Je rajoute dans l’air une vague de désespoir. Toutes les personnes dans la salle sentent le poids de leurs peines les presser vers le sol. Ils luttent pendant leurs ébats, se crispent, cherchent à jouir et se libérer mais la souffrance est trop forte. Certains ont le nez qui saigne, d’autres tombent d’épuisement. Les caresses se sont faites si nerveuses que les ongles se plantent dans la chair, les râles sont devenus des grognements bestiaux et les pleurs de grandes supplications qui déchirent la voix. Ils jouissent, forniquent et souffrent, désespèrent. Les voilà perdus. Les voilà prêts à cueillir. Ils sont à nous.

La Chambre des Plaisirs s’est ouverte aux âmes luxurieuses du Palace. Et je jouis du nombre d’âmes récoltées en si peu de temps. Je me lève, il est temps pour nous de nous éclipser. C’est la tête haute que je sors de cette pièce étouffante et que je me rends compte que les personnes présentes au bar s’adonnent aux plaisirs tels que je les connais. Je souris et reprends mon porte-cigarette, l’air de rien et m’approche du portier, encore le sexe en main, pour lui demander du feu. Mais avant qu’il puisse faire le moindre geste, il s’écroule devant moi. Je soupire en sortant un briquet argenté de mon soutien-gorge. On n’est jamais mieux servi que par soi-même, pas vrai ? Je me baisse pour ramasser un objet métallique, au sol. On n’est jamais trop prudent, et ce genre de choses ne se laissent pas derrière soi. Je souris, satisfaite et pleinement comblée par cette soirée, qui me semblait bien fade au départ.

Je reste quelques instants à contempler ce jardin des délices, un peu haletant, je dois l’avouer. Voilà quelque chose de beau en ce bas-monde. Des êtres torturés dans leur bonheur et dans leur chair. Je me retourne et sors de la salle pour quitter ces lieux. En passant, je vois Lust s’allumer une cigarette. Nous marchons ensemble vers la sortie, tranquillement. Je jubile.

*

Il est onze heures, lorsque je m’éveille le lendemain. Nue sous mon peignoir de satin noir, je descends et prends le journal devant ma porte. Je ne peux que sourire lorsque je vois ce petit article, dans les faits divers… Ces personnes prises d’une folie passagère dans un casino de la ville. Une enquête est en cours, bien entendu. Mais ils ne remonteront jamais jusqu’à nous… Jamais.

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