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 Livre Premier - Chapitre 1 : Désagrégation

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B. Slothman

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Messages : 5
Date d'inscription : 30/12/2016

MessageSujet: Livre Premier - Chapitre 1 : Désagrégation   Mer 8 Mar - 22:52

Tout commence par un porridge. Sans sel, sans poivre, sans aucune épice ni accompagnement. Un porridge nature. C'est ainsi que débute chaque journée.

Pour être plus exact, le réveil sonne à 7h05, puis à 7h15. Georgette se lève lentement en dégageant ses draps et va dans la petite salle de bain. Le dentier s'est bien nettoyé cette nuit. Hop ! On vide le verre dans le lavabo et... Youpla ! On rince les petites dents. Hihihi. C'est un des moments les plus amusants de la journée. On s'occupe de ses dents artificielles comme on parlerait à ses géraniums. Tiens ? Le soleil commence à éclairer la chambre. Vite, vite ! Il faut encore se débarbouiller avec le petit gant orange et se peigner les cheveux avant d'aller prendre le petit déjeuner. Georgette se demande si sa jupe à fleurs ira pour aujourd'hui. Elle s'étire quelques instants, puis s'active soudainement à ouvrir la fenêtre, secouer les draps de son lit et ranger sa table de chevet. Ah ! L'eau du robinet coule encore. Mais où ai-je la tête ? Hop. Voilà, c'est refermé. Je vais peut-être finir ce livre que ma petite fille m'a donné... Alors. J'en étais à la page 36... Lisons la page 35 pour se rappeler un peu l'histoire... Je ne comprends rien... Allons, Georgette, concentre-toi. Oui, voilà... Houhouhou, mais c'est qu'il y a des choses coquines dans ce roman. Quand je vais dire ça à mon fils ! Il va beaucoup rire, tiens. Oh mais que je suis distraite ! J'ai oublié d'enfiler ma jupe. Bon... voilà, comme ça, ça rentre bien. J'ai bien perdu 2 kilos depuis le mois dernier. Hihihi. Allez, maintenant...

(...)

Georgette se réveille en sursaut. Il est 8h27. Son cœur a lancé un grand coup dans sa poitrine. Elle est désorientée, avec une douleur à l'arrière du crâne. La chaîne de son bracelet est toute chaude. C'était un cadeau M. Slothman du service d'aide à la personne... Elle se lève tout doucement et prend sa clef. Elle ferme la porte derrière elle, un tour de clef suffit. La voilà en chemin pour la salle à manger. Les couloirs sont blancs, parfois beiges selon l'éclairage. Pour arranger tout le monde pendant la première visite, l'infirmière dit souvent que c'est blanc cassé. La voilà dans la salle à manger, assise à côté de ses amies du centre. Elles forment un quartet plutôt atypique, mais il faut bien admettre que dans un établissement d'aide à la personne aussi grand, être entouré de personnes de confiance est rassurant. L'infirmière avait précisé lors de la visite du bâtiment qu'il y a environ 250 résidents. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles on ne voit pas tous les jours les auxiliaires de vie. Il n'y en a pas plus de 5 pour les 250 personnes.

Pour en revenir au petit déjeuner, donc, c'est porridge nature chaque jour. Georgette ne met aucune épice dedans. Pas même du sel, parce qu'elle a toujours préféré manger ses aliments avec leur goût brut. C'est sa façon de goûter la saveur véritable de la vie. Pas de détour. On avale ça vite, sans se poser de questions.

De retour dans la chambre. À peine a-t-elle eu le temps de s'asseoir que l'infirmière est là pour le contrôle quotidien. C'est une femme droite aux épaules larges, le visage légèrement rosé et marqué par l'anxiété. Elle s'approche en disant bonjour, puis pose une longue liste de questions à Georgette.
Au milieu de ces questions, la patiente interrompt la femme en blouse blanche :

- Madame Kimbel, est-ce que vous pourriez demander au service de restauration s'ils peuvent m'avoir un peu de thé au citron ? Ça me manque beaucoup ces jours-ci...
- Mais voyons, Madame Georgette. Vous vous croyez où ? Vous croyez qu'on va répondre à tous les caprices de chaque résident ? On n'est pas à Manhattan ici. On est à Brownsville, à Brooklyn. Va falloir que vous compreniez un jour.

L'infirmière Kimbel continue sa liste de questions nerveusement. Une fois ce rituel fini, l'infirmière s'adoucit et donne les médicaments à prendre pour la journée. Georgette a de nouveau mal à la tête mais ne dit rien à ce sujet. Ça ferait trop de questions supplémentaires. L'infirmière s'en va après un un petit sourire.

Bien. Le mauvais moment est passé. Heureusement ça ne dure pas plus longtemps. Quel mal de tête me prend tout à coup ? Allez, on prend les petits cachets. Hop. Voilà... Il est passé où mon livre, déjà ? Je ne sais plus ce que je faisais avant d'aller au petit déjeuner. Bon... Regardons par la fenêtre, ça va revenir. Le soleil traverse les nuages mais le ciel reste gris et cotonneux... Quelle heure est-il maintenant ? Déjà 12h27 ?! Ohlala, je suis encore en retard !

S'asseoir. Manger. Discuter. Boire un peu d'eau. Discuter. Regarder les autres résidents qui mangent. Fermer les yeux. Les rouvrir. Reprendre la conversation. Finir le dessert.

Le déjeuner est fini et c'est maintenant que le partie sociable de la journée arrive. Aujourd'hui les auxiliaires de vie et le petit stagiaire ont organisé un concours de jeux de cartes. Georgette s'est inscrite avec ses amies à la bataille parce qu'elle ne sait pas jouer à la belote ni au poker. Le stagiaire est un peu timide mais il arrive à expliquer les règles du jeu à chaque table. Lorsqu'il arrive à la table de Georgette, l'une de ses amies déclare à voix haute qu'il est fort charmant, ce qui fait tourner son teint au rouge pivoine. Il se fait rassurer par l'homme de la tablée avec une petite tape amicale dans le dos. Quel brave petit. Il en a du courage pour s'occuper de nous.

Vers 16h, le concours de jeux de cartes est terminé et les visites commencent. Depuis peu, les visites de la famille ont été autorisées entre 16h et 18h. M. Beddy Slothman, un homme sympathique et modeste, a obtenu cela de la direction. Il est très à l'écoute des résidents, ce bon monsieur. Il n'en a pas l'air, mais il doit bien avoir 65 ans. Ses cheveux blancs ne l'empêchent pas d'être bienveillant et de s'occuper de tout le monde. C'est même l'un des auxiliaires de vie préféré des résidents. D'après l'infirmière Kimbel, il est employé par l'agence qui vient de racheter le centre d'aide à la personne. Ce rachat est d'ailleurs tout récent. Cela fait à peine cinq mois, et déjà M. Slothman s'occupe quotidiennement des pensionnaires.

Pendant le dîner, il passe de table en table pour s'assurer que tout va bien. Puis, il invite tout le monde à venir regarder le film du soir après manger. Ce soir, c'est Charlie Chaplin au programme. Georgette connaît ce film par cœur, mais elle préfère rester avec ses amies avant de retourner dans sa chambre. Au milieu du film, M. Slothman se lève de son siège et va pour sortir de la salle. Georgette lui agrippe la manche et lui demande pourquoi il part si tôt. « Je suis désolé, madame Jenkins, j'ai une affaire qui m'attend dans le Queens donc je n'ai pas plus de temps pour rester avec vous. J'aurais aimé rester un peu plus, mais je suis pressé. » Il la salue avec un grand sourire qui lui fait plisser les yeux, et sort. Le reste du film se déroule tranquillement. Certains se sont endormis à la fin. Il aura fallu un bon quart d'heure pour les réveiller et les ramener à leur chambre.

Georgette rentre dans sa chambre, tenant le bracelet à son poignet. Comme il est chaud ce soir, presque bouillant même. Et ce M. Beddy qui est parti si précipitamment. Il aurait pu nous dire au revoir quand même. Et voilà, je suis énervée maintenant. Ça va me prendre au moins une heure pour m'endormir. Voyons si j'arrive à lire ce soir... j'en étais où déjà ? Alors. J'en étais à la page 36... Lisons la page 35 pour se rappeler un peu l'histoire... Je ne comprends rien... Allons, Georgette, concentre-toi. Oui, voilà... Houhouhou, mais c'est qu'il y a des choses coquines dans ce roman. Quand je vais dire ça à mon fils ! Il va beaucoup rire, tiens. Oh mais que je suis distraite ! J'ai oublié d'enlever ma jupe...
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