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 Prologue: Je m'appelle Pride.

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Loki Pride

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Date d'inscription : 30/12/2016

MessageSujet: Prologue: Je m'appelle Pride.   Ven 13 Jan - 23:16

PROLOGUE: Je m'appelle Pride


« Le jour se levait sur la petite ville de banlieue newyorkaise. Dans l’une de ces maisons qui se ressemblaient toutes, Brandon Simmons était déjà réveillé. Une simple sonnerie sur son téléphone l’avait tiré du sommeil une demi-heure plus tôt. Il devait aller travailler. Brandon Simmons avait réussi. Des brillantes études de droit, un emploi de juge gratifiant et bien rémunéré, une jolie famille avec une femme trophée et deux merveilleux enfants blonds. Quelle belle histoire que la sienne ! Un garçon né d’un père ouvrier, qui avait du mal à joindre les deux bouts, un étudiant qui avait bataillé toute sa vie pour en arriver là où il était. De gamin des bas quartiers de Detroit, il était devenu juge, en passe d’être nommé à la Cour Suprême. Il en avait fait, du chemin ! Quand il repensait à sa vie et à la trajectoire que celle-ci avait connu, Brandon était fier. Fier d’être devenu riche, et d’avoir, selon ses dires, mérité sa place. Ce jour-là, Brandon avait mal dormi. Quelques doutes avaient envahi son esprit. Il faut dire que cette journée n’était pas comme les autres. Après tout, ce n’était pas tous les jours que l’on avait une chance d’intégrer la Cour Suprême ! Cela faisait si longtemps que Brandon attendait le verdict, et il allait tomber ce soir-là. Il était persuadé que c’était là sa place. Qu’il valait bien plus que tous ces autres candidats qui osaient aspirer à être son égal, ou pire encore, son supérieur. Une belle bande de prétentieux, pensait-il… »

Quelle petite marionnette stupide… Il se pense si grand. Il se croit meilleur que tout le monde, mais de quel droit ? Qui est-il pour ça ? Ah ! Si vous me voyiez, vous me verriez hilare. Je ris de son aveuglement. Quelle ironie tragique… Quelle délice dramaturgique… Il ne comprend rien. Rien de rien. Et il ne comprendra pas avant que ce soit trop tard. Pour mon plus grand plaisir. Voyons donc quel destin je lui réserve…

« … Il entra dans sa voiture – une superbe Mercedes dernier cri – et prit le volant pour aller au travail. Une buée légère s’était formée sur le parebrise, en raison du froid qui régnait dehors. Les mains de Brandon étaient d’ailleurs encore légèrement crispées par la température qu’il venait de braver de la porte d’entrée à la voiture, en passant par la belle allée bien rangée. Mais il n’avait pas le temps de se préoccuper de tout ça : il devait aller au Tribunal. Peut-être sa dernière journée à opérer dans cette Cour-là. Une perspective qui l’enthousiasmait profondément. Il s’était toujours pensé trop bien pour ce Tribunal, pourtant réputé à l’échelle de New York. Alors qu’il entrait dans la ville, les rues se faisaient plus agitées, les voitures se multipliaient, les gens étaient plus bruyants. Brandon aimait cette atmosphère. Cette agitation, cette cohue, c’était son royaume, son territoire qu’il avait conquis, sa jungle dont il était le roi. En arrivant, il répondit d’un signe de tête aux collègues qui le saluaient, ne daignant pas accorder le moindre regard aux autres. Il prit vite son poste. Même s’il n’avait pour ambition que de quitter ce tribunal pour la Cour Suprême, il s’était attaché à cette chaise, confortable, et à ce marteau, symbole de son statut. Les procès s’enchaînèrent, comme tous les jours. Brandon adorait la fonction de juge. Décider de la liberté, de l’avenir, du sort des individus qui passaient devant lui : c’était la véritable définition du pouvoir. Sa décision était la plus respectée de toutes. Il y avait quelque chose d’incroyablement grisant à cette idée. Un sourire délecté se dessinait sur son visage à chaque fois qu’il y pensait. Enfin, le soir arriva. Brandon avait loué une salle spécialement pour pouvoir regarder en direct le résultat en compagnie de toute sa Cour personnelle. Sa famille, des amis – si tant est qu’il en avait – des collègues, et une masse d’admirateurs. L’échéance approchait. Dans tous les sondages, il était donné gagnant. C’était dans la poche, il en était certain. Il y était. Il avait réussi. Il était le vainqueur. Le meilleur. Sans aucun doute. Il était au sommet de ce qu’un homme pouvait être. Un modèle vivant… »

Mon Dieu, mais quelle hubris ! C’est infernal, vous ne trouvez pas ? Pour ma part, voir ce petit mollusque se pavaner comme ça, ça me dégoûte. Il ne mérite pas son orgueil. Sa nature devrait être de se prosterner. C’est un être inférieur. Il ne vit que de la bonté d’êtres comme moi. Oh, quelle grossière erreur ! J’ai utilisé le pluriel. Comme s’il y en avait d’autres comme moi ! Mais je m’égare, je dois bien l’admettre… Revenons à ce cher Brandon. Il m’énerve. Gâchons-lui donc sa joie…

« … Mais le résultat tomba. Il n'avait pas été choisi. Gary McLink l'avait devancé dans le choix du Président… Brandon était sous le choc. Il resta figé quelques secondes, comme s’il avait vu un fantôme. Gary McLink ! Comment avait-il pu le dépasser avec toutes les rumeurs de corruption que Brandon avait soigneusement fait lancer ? Le grand perdant du jour ne cligna pas des yeux pendant presque une minute entière, le regard fixé sur cet écran de télévision qui annonçait sa défaite, sa chute, si proche du soleil. Sa femme vint le voir, un air presque apeuré plaqué sur son visage, pour tenter de le consoler.
-Dégage, lui lâcha-t-il sèchement.
-Mais… risqua-t-elle.
-Pars d’ici, et prends les enfants avec toi, dit-il d’un ton grinçant, les dents serrées comme pour contenir une rage incommensurable.
Comme prise d’effroi, elle n’insista pas. Brandon était encore au centre de la pièce. Personne d’autre n’osait l’approcher. Des journalistes, attendant une déclaration, ne savaient pas où se mettre. La salle se vidait doucement, les invités étaient pour la plupart trop gênés pour rester. Brandon prit une bouteille de champagne prévue pour célébrer son triomphe et l’envoya valser contre un mur. Il cria à un destinataire imprécis de lui envoyer la facture, et sortit comme une furie de la pièce. Comment était-ce possible ? Il était le meilleur, il le savait ! Il allait faire un scandale ! La presse en parlerait pendant des mois, McLink pouvait compter là-dessus ! Peut-être n’était-il tout simplement pas destiné à atteindre le sommet ? Non, ça ne pouvait pas être cela. Il savait qu’il ne faisait pas partie du commun des mortels. Du moins, il ne pouvait l’accepter. Il erra dans les rues de Manhattan sur quelques pâtés d’immeubles, avant de passer devant un pub. Il décida d’entrer.
-Un whisky ! Glen McKenna, 30 ans d’âge, s’il vous plaît ! »


Je dois bien reconnaître que ses goûts en termes de whisky sont honorables. Mais d’un côté, je n’ai fait que lui prêter des traits que je possède. Je tiens un verre de ce même whisky à l’instant-même… Ah… Délicieux. Une véritable explosion de saveurs et de complexité fumée. Brandon doit bien apprécier ce verre à l’heure qu’il est… Offrons-lui ce plaisir. Au milieu des doutes, cela peut faire du bien. Et peut-être que cela lui permettra d’essuyer l’avalanche qui s’apprête à lui tomber dessus de façon moins brutale. Qui sait ? Mais c’est peu probable. Ces doux agneaux, ces brebis égarées, ces simples d’esprit. Ils ne s’attendent jamais à la chute…

« … Brandon était ivre. Il avait abusé du whisky. Il faut dire que cela aidait. Noyé dans les tréfonds du malt fermenté, son désespoir était temporairement enfoui, et ne remonterait à la surface que quelques heures plus tard, avec un peu de chance après une bonne nuit de sommeil. Il ne savait plus où il avait garé sa voiture. De toute façon, il n’était pas en état de conduire. Il appela un taxi, pour qu’il le ramène chez lui. Sur le chemin, une pointe d’amertume revint en lui avec une remontée de whisky. Il était dévasté, répugné à l’idée de devoir continuer à n’être le roi que d’une Cour de seconde zone, qu’un envieux du Roi Soleil. Mais il refusait toujours de se reconnaître Icare. Il ne s’était pas encore brûlé les ailes ! Le soleil n’était pas trop haut pour lui. Il pouvait le mettre à ses pieds. Cela prendrait le temps qu’il faudrait. Mais il y parviendrait. Le taxi se rapprochait de chez lui. Il était si tard… Il ne savait pas s’il arriverait à se lever le lendemain. En regardant par la fenêtre tous ces pavillons de luxe comme imprimés à l’identique par dizaines sur les landes de Long Island, Brandon vit une lueur au loin. Une lumière agressive et ambrée, qui se dégageait de son quartier. Elle se faisait toujours plus intense à mesure qu’ils se rapprochaient. Ils étaient désormais juste à côté, et Brandon ne put que constater avec impuissance l’ampleur des dégâts. La lueur venait de sa maison, dévorée par les flammes. Un feu d’Enfer, comme envoyé par le destin, par une force maléfique venue le narguer alors qu’il se pensait déjà au plus bas. Et, avant même qu’il n’ait pu se poser la question, il vit étendus sur l’allée principale les trois corps brûlés de sa femme et de ses enfants… »

Oh, quel drame… J’en pleurerais presque. Non, désolé, je n’arrive pas à rester sérieux en disant cela ! En revanche ce feu, si ardent, si instable, si dangereux… Comme c’est poétique. Ce feu me rappelle l’Enfer. J’en serais nostalgique si la vie sur Terre n’était pas bien plus palpitante. On se fait chier, en Enfer, à la longue… C’est surcoté. Mais admirez, chers lecteurs, admirez donc mon final ! La purification par le feu est achevée, il est temps d’inscrire les dernières gouttes d’encre noire sur ce papier encore vierge de mon passage…

« … Brandon errait sans conscience, sans but, sans vie. Lui qui avait tout, il avait tout perdu. Tout ce qu’il avait mis plus de quarante ans à bâtir… Parti en fumée. Et des cendres de son existence déchue, rien ne pouvait renaître que le vide. Quel choix lui restait-il, désormais ? Il n’était plus un homme, plus un ego, plus rien. Juste une loque, vagabondant vers l’illusion d’une vie. Mais une vie faite de vide, quel intérêt ? Lui-même ne croyait plus en sa bonne étoile. Lui-même était persuadé que tout était fini pour lui, qu’il ne ferait plus jamais rien, que jamais plus il ne s’élèverait au rang de quoi que ce soit. Il faisait froid. Un froid glacial, amené par un vent aux airs de blizzard qui venait tout droit de l’Atlantique Nord. Brandon arriva au niveau du Brooklyn Bridge. Le baiser de la bise s’emballa. Jamais un vent n’avait soufflé si fort. Une forme de dernière cérémonie donnée par la nature à une vie détruite. Un requiem. Ainsi, regardant comme pour la première fois la ville qu’il avait conquise et qui l’avait perdu, il alla devenir une goutte dans l’eau noire de l’East River, qui coulait vers l’éternité… »

Echec et mat. Pauvre Brandon… Je l’ai détruit. Nouvelle preuve qu’il ne méritait pas l’orgueil. Mais quelle délicate attention de ma part de m’être penché sur sa vie. Ce fut une nuit des plus productives. Sans vouloir me vanter – ou plutôt si – quel chef-d’œuvre ! Allons donc voir le fruit de la sueur de mon front, et allumons le téléviseur.

« Brandon Simmons, 47 ans, juge éminent de New-York et candidat perdant à la Cour Suprême, a été retrouvé mort sur les rives de l’East River… Selon les autorités, il semblerait que ce soit un suicide. Simmons venait juste de perdre sa femme et ses enfants dans un incendie, le soir-même de sa défaite professionnelle... »

Car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. Tout ce que tu as été, Simmons, tout, de ton plus profond désir à ta prétention pathétique, tout est le résultat de ma plume. Rien d’autre. Ton destin, ton existence entière, comme celle de tant d’autres, ne sont rien de plus que mon empreinte. Tu te croyais surpuissant, petit juge, mais sache que toute histoire est écrite par quelqu’un. Je suis l’Ecrivain. Je suis l’Orgueil. Je suis le Pouvoir dont même Satan se méfie. Je m’appelle Pride. Loki Pride, sous ma forme humaine. Contemplez-moi, mortels ! Adulez votre nouveau Dieu, et écoutez son récit !
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